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De l’insignifiant à la soucoupe volante

Par Jean-Philippe DAIN


Si, comme l’écrit le philosophe Clément Rosset (1), les soucoupes volantes signalent un ailleurs fondamentalement tributaire d’une non-coïncidence avec l’ici, les insolites photographies de George Adamski vont quelque peu contrevenir à cette fonction en faisant émerger dans le réel ce qui n’appartenait pas à notre monde.

C’est à la fin de 1949 que cet américain d’origine polonaise réalise ses premières photographies. Il s’agit là des prémisses d’une intense activité qui, à la fin de 1951, se traduira par une demi-douzaine d’images qu’il jugera dignes d’être conservées.

Que montrent-elles ? D’abord d’insignifiantes formes blanches se détachant sur fond de Lune, puis, plus tard, des silhouettes oblongues, et enfin, en 1952, ce qui semble constituer l’aboutissement de sa production photographique : la « soucoupe volante vénusienne ». Il y aura aussi celles censées être prises de l’intérieur d’une soucoupe volante qui seront publiées dans son troisième ouvrage Inside the spaceship (2), lorsque ses rencontres avec les extraterrestres deviendront plus fréquentes.

Les photographies d’Adamski en offriront toujours plus jusque là. Toujours plus de détails et toujours plus près, jusqu’à ce qu’il nous parle de ses photographies ratées pour des raisons techniques et de ses images non faites. Ne pas montrer est impardonnable tant et si bien qu’Adamski se livrera à une véritable entreprise de surjustification pour expliquer ce défaut de visible. L’absence de photographies montrant les paysages saturniens est expliquée par les champs électromagnétiques générés par les vaisseaux de l’espace qui ont voilé les négatifs. L’absence d’image montrant sa défunte épouse réincarnée sur Vénus est, elle, justifiée par sa réticence à être photographiée.

(JPEG)
"Photographie au téléscope" d’Adamski, 5 mars 1951

Naissance d’un stéréotype

Si l’expression « soucoupe volante » ne désignait que la forme la plus répandue qui était attribuée aux ovnis jusqu’au début des années cinquante, l’imagerie et le discours adamskiste tend paradoxalement à résoudre la problématique non-identification, et même à la dissoudre. En effet, les photographies d’Adamski sont, parmi les photographies d’ovnis (3) de l’époque, celles qui en montrent le plus.

Alors que celles prise par Paul Trent le 11 mai 1950 à McMinville (Etats-Unis), comme bien d’autres, ne laissent apparaître qu’une masse sombre, uniforme, et vierge de détails, les dernières photographies d’Adamski, elles, offrent au regard des objets discoïdaux surmontés d’un dôme où l’on peut voir hublots, « sphères d’atterrissage », et une multitude d’autres détails. Elles substituent au manque l’abondance et au doute la certitude.

En 1954, l’ingénieur Léonard Cramp proposait dans Space, Gravity and the Flying Saucers des dessins en écorché de l’intérieur de la soucoupe vénusienne. Plus de mystérieuses formes, mais un luxe de détails et des pièces auxquelles sont assignées des fonctions précises. Ce qu’il est advenu de l’imagerie adamskiste s’inscrit dans une progression guidée par une quête du visible. Après s’être rapproché de la soucoupe, on scrute son intérieur, on la radiographie.

En montrer davantage que les autres photographies, n’était-ce pas la condition sine qua non pour que le stéréotype puisse se forger en s’assimilant au vaisseau interplanétaire tel qu’on pouvait le rencontrer dès la fin des années quarante dans les bandes dessinées ?

Du visible à l’invisible

Mais avec Adamski, la photographie intervient au-delà son image par son intégration dans le récit. Le 13 novembre 1952, Adamski rencontre, pour la première fois, l’occupant d’une soucoupe volante. Après lui avoir annoncé son origine vénusienne et les motivations qui présidaient à sa venue sur Terre, l’être venu d’ailleurs demande à l’américain un film photographique en précisant qu’il le lui rendrait bientôt.

Le 13 décembre suivant, c’est le retour de la soucoupe qui vient se poster devant le domicile d’Adamski. Après avoir photographié l’engin, le film précédemment remis lui est restitué. La plaque photographique « prouvait que la soucoupe était bien celle que j’avais vue dans le désert (...) On peut deviner mon exaltation. Je connaissais de nouveau cet état de conscience supérieur où je me sentais à la fois vivre dans deux mondes différents », écrit Adamski pour décrire la scène.

Concrétisée par la plaque photographique, la photographie fait ici lien entre le monde terrestre et le monde extraterrestre. Elle se situe dans une perspective religieuse qui n’est pas sans affinités avec l’une des fonctions autrefois dévolue à l’iconographie chrétienne orthodoxe qui devait permettre par le principe anagogique à l’âme des fidèles de s’élever vers les choses célestes.

Il y a bien là une fonction symbolique, au sens où l’entend Mircéa Elliade, qui semble d’autant plus pertinente quand on sait que le troisième ouvrage d’Adamski, Behind the flying saucers, procède à une réinterprétation de la Bible à la lueur de ses prétendus contacts avec les « frères de l’espace ».

Si la quête du visible qui transparaît au travers de la production photographique de George Adamski et ce qu’il en est advenu a pu rassasier bien des regards en proposant de montrer ce qui n’appartenait pas à ce monde, la mise à contribution paroxystique de la photographie dans le discours d’Adamski trahi l’insuffisance de ce surplus de visible, en même tant qu’elle le rend dérisoire. Ce sont deux conceptions radicalement différentes de l’image photographique qui se cotoient. L’une, se caractérise par la profusion, l’autre, relève de l’expérience mystique. L’invisible, qui échappe radicalement à toute représentation iconique, et a fortiori à toute photographie, n’est pas le non-vu.

Notes

(1) (retour au texte) ROSSET, Clément , Le philosophe et les sortilèges, Paris, Minuit, 1985.

(2) (retour au texte) ADAMSKI, George, Inside the spaceship, Arco&Spearman, Londres, 1956). Trad. fr. HALLET (Marc) : A l’intérieur des vaisseaux de l’espace, M. Moutet, Régusse, 1979.

(3) (retour au texte) Plus exactement, les photographies au sujet desquelles la presse et la littérature spécialisée ont prétendu qu’elles étaient des photographies d’ovnis.


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