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La trace et son interprétation

par Christian Bertrand


Que faire de toutes ces « empreintes » que nous livrent certaines énigmes ? Pourquoi n’ont-elles toujours pas trouvé un aboutissement scientifique ? Où sont les réels obstacles pour leur plein épanouissement ? Christian Bertrand brosse un portrait sans concession de l’univers des « traces » et de leurs conditions de survie.

L’emboîtement des côtes de l’Amérique du sud et de l’Afrique, les immenses chaînes des Alpes, de l’Himalaya, des Andes, autant de traces de la dérive des continents, pourtant Wegener, le météorologue qui soutint en 1912 que les continents se déplaçaient, ne parvint jamais de son vivant à convaincre les géologues... Il était mort depuis trente ans quand la communauté scientifique, dans les années 60, finit par se rallier massivement à sa théorie. Des traces peuvent être énormes, publiques, permanentes, et ne pas convaincre les spécialistes les plus qualifiés pour les étudier !

Des traces « orphelines » pèsent peu sur la connaissance. Il n’y a pas de preuves nues. Le déchiffrement du monde relève plutôt du puzzle, les traces n’étant que des pièces s’insérant plus ou moins harmonieusement dans une grille interprétative préexistante. Les connaissances (les théories, les croyances, les opinions) résultent d’une accumulation de faits (traces, indices, expériences), d’arguments (déductions logiques, connaissances antérieures) et d’a priori (préférences, attentes, paradigmes...). Les théories « fausses » sont également étayées par des faits, le système des épicycles de Ptolémée s’appuyait sur l’observation. Un ensemble de traces à lui seul n’est pas une connaissance, c’est son interprétation qui l’est.

Mais une accumulation d’observations objectives peut tout de même provoquer l’effondrement d’une théorie. Les idées sont en concurrence pour survivre dans nos esprits, comme les animaux dans la nature. L’ensemble des faits est aux théories ce que l’environnement est aux êtres vivants, le ring où se joue la sélection darwinienne. Les plus adaptées à cet ensemble, celles qui intègrent le plus harmonieusement les faits, avec le moins de contradiction, le plus d’élégance, triomphent. Mais pour qu’elles puissent s’affronter encore faut-il qu’elles se rencontrent, ce qui suppose pas mal de conditions, et pour commencer, qu’elles aient été formulées. La théorie qui gagne n’est pas la meilleure dans l’absolu, mais la plus efficace de celles qui sont disponibles. Et puis les critères de choix, l’harmonie, l’élégance, renvoient à l’humain et à ses émotions...

Un jour, la théorie de la dérive des continents a fini par s’imposer, dans la tête des géologues elle a écrasé sa concurrente, celle qui soutenait que les continents étaient fixes les uns par rapport aux autres. Depuis Wegener les chercheurs avaient découvert de nouvelles traces, les dorsales océaniques, l’alternance du magnétisme des roches du fond des océans... La théorie Wegenerienne digérait mieux ces nouvelles traces que sa concurrente, elle proliféra dans la communauté des esprits de géologue, jusqu’à éliminer sa rivale.

Certaines traces sont donc suffisamment sélectives pour provoquer des extinctions de théories. Elles ont le pouvoir de faire changer d’avis un homme, ce qui, étant donné l’âpreté avec laquelle nous nous agrippons à nos convictions préférées, est remarquable. Elles ont la capacité de renverser des croyances, de provoquer des conversions. On pourrait les appeler des traces fortes, par opposition à celles qui n’ont que le pouvoir de renforcer les croyances (ce qui est dérisoirement facile), que l’on appellerait des traces faibles. Bien sûr, cette qualité est relative, une trace n’est forte ou faible que par rapport à l’état des connaissances du moment, découvertes deux cents ans plus tôt les dorsales océaniques n’auraient peut-être provoqué aucune conversion.

Les musées de l’ufologie sont pleins de traces faibles. Il y a des milliers de fragments métalliques, de ronds dans les champs, de photographies, pour renforcer la foi de ceux qui croient que les ovnis sont la manifestation d’une intelligence extraterrestre. Mais aucune trace forte, puisqu’il se trouve encore un nombre très important de personnes compétentes qui ne partagent pas cette croyance (il y a sans doute des conversions, mais individuelles, et dans les deux sens). Bien des tensions dans les milieux ufologiques naissent d’un malentendu sur la force des éléments du dossier, pour convaincre une personne il faut utiliser des arguments convaincants de son point de vue à elle.

A proprement parler les seules manifestations du réel auxquelles nous avons accès sont des traces ! Puisqu’il ne se manifeste à nous que par l’intermédiaire des perturbations qu’il induit dans les médiums qui le connectent à notre subjectivité, sens, sensation, représentation, mémoire. Je ne pense pas que tout le monde sera d’accord avec moi pour donner une telle extension à la définition de « trace », mais pour la mémoire il me semble qu’il ne devrait pas y avoir de problème ; Le souvenir est la trace laissée en nous par un événement passé.

Prenons un récit récurant dans les témoignages de NDE : « Là-bas j’ai tout compris, l’univers n’avait plus de mystère. Hélas au retour j’ai tout oublié ». L’interprétation qu’un « enchanté » donne de ce récit est généralement : « Au cours d’une NDE la conscience a accès à la connaissance absolue, mais en retournant à son état ordinaire elle perd ce savoir ». L’interprétation donnée par un « désenchanté » sera plutôt : « Le choc émotionnel produit par une NDE induit un sentiment d’omniscience, mais à aucun moment la personne n’a réellement tout compris, elle a simplement mémorisé ce sentiment illusoire ». On a là le parfait exemple de trace faible, elle ne fait que renforcer des croyances. L’affaire seraitautrement plus sérieuse si, par exemple, un témoin ramenait de son excursion la liste des cent décimales de p à partir d’une position précise située au-delà de la partie connue à ce jour.

Comme toutes traces, les souvenirs ne sont pas directement traduisibles en connaissances, ils doivent être interprétés. Les interprétations enchantées et désenchantées diffèrent considérablement. Les enchantés considèrent généralement qu’un souvenir est une photographie exacte d’un fait réel, les désenchantés pensent qu’un souvenir peut ne pas coïncider avec un événement ayant réellement eu lieu. Il ne s’agit pas seulement de débats académiques innocents, la liberté de millions de personnes dépend de ces interprétations. Aux États-Unis, des parents se sont retrouvés en prison suite à des souvenirs de viols retrouvés en psychothérapie par leurs enfants. Un débat violent fait rage entre ceux qui croient à l’authenticité de ces souvenirs et ceux qui affirment que les psychothérapies - et entre autre l’hypnose - ont le pouvoir d’induire des faux souvenirs. Une psychologue, Elizabeth Loftus, a montré expérimentalement qu’il était relativement facile de fabriquer des faux souvenirs. Il existerait même des personnes (de l’ordre de cinq à dix pour cent de la population, ce qui n’est pas rien !) qui transformeraient très facilement des récits imaginaires en souvenirs !

Une trace n’a un intérêt pour la connaissance que si elle est interprétée, et il n’y a pas d’interprétation sans interprète. Nous ne devons pas ignorer l’humain et sa diversité quand nous nous penchons sur les mystères de l’univers. Plutôt que de nous irriter des divergences d’opinion nous ferions mieux d’essayer d’en percevoir la genèse. Efforçons-nous sincèrement de comprendre pourquoi l’autre évalue différemment le poids d’un argument. L’opacité de l’univers commence en nous.


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