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Réflexions sur les Expériences de mort imminentes (EMI)

Par André Cuvelier, neuropsychiatre et théologien


Le Dr André Cuvelier etait membre du Comité d’Honneur et de Parrainage. Médecin, neuropsychiatre, mais également théologien, il a beaucoup étudié les états de conscience modifiés et l’hypnose, invité sur ces sujets dans le monde entier. Il nous livre ici l’empreinte collective que les EMI (Expériences de Mort Imminentes) peuvent déposer dans notre société. Une empreinte avec laquelle c’est toute une manière de penser le monde qui peut être modifiée.

Le rationalisme du siècle des lumières, enfonçant ses racines dans les théories de François Bacon et de René Descartes, nourri par le positivisme de Comte et de Spencer, sous tendait jusqu’à ces dernières années l’épistémologie scientifique.

Mais le début du XX° siècle souffle un vent de fronde contre cette vision scientiste du monde. Les romanciers, que ce soient Balzac, Georges Sand ou Gérard de Nerval, préparent le grand public à mettre l’imagination sur le même pied que l’intelligence et la volonté : "C’est la reine des facultés" s’exclamait Baudelaire...

En 1857, Alan Kardec écrit le manifeste français du spiritisme, "Le livre des esprits". Le renouveau de l’ésotérisme et de l’occultisme fascine les beaux esprits, que l’on ne nomme pas encore des intellectuels...La philosophie de Madame Blavatsky se présente comme une religion universelle alors que la christian science intrigue et passionne par ses guérison miraculeuses.

Gustave Moreau, déclare au salon de 1864 : "Je ne crois ni à ce que je touche, ni à ce que je vois. Je ne crois qu’à ce que je ne vois pas et uniquement à ce que je sens ". L’art lui même se dégage du beau et s’ouvre à la fascination de l’étrange.

René Guénon, André Breton, Raymond Abellio, Georges Bataille, Roger Caillois ou Gaston Bachelard, malgré leurs idéologies souvent très différentes ouvre les esprits français à la quête de l’autre, au mystère de l’homme et du cosmos.

Une religiosité fascinée par les pouvoirs paranormaux

On constate un renouveau d’intérêt pour ce que l’on appelle les sciences traditionnelles, que ce soit l’ésotérisme de la Kabbale ou du soufisme, les phénomènes mystiques de la vie religieuse.

Entraînée par Charcot, la psychiatrie dynamique va permettre d’élaborer un nouveau corpus scientifique nommé : "sciences humaines". En publiant à l’orée du siècle, "l’automatisme psychologique", Pierre Janet va permettre une approche raisonnée et raisonnable des phénomènes paranormaux, dévolus jusqu’ici au diable ou au Bon Dieu...

Certains développent une connaissance de l’homme, du cosmos et de Dieu, une "gnose" qui aurait été volontairement occultées par les églises. Grâce à des livres exposant les mystères d’Égypte ou des Indes, l’ésotérisme chrétien explose. Ses principaux protagonistes, Eliphas Levi, Papus de Guaïta ou Scheré seront cependant débordés par la théosophie et le spiritisme.

Le déclin de la foi chrétienne, favorise une religiosité fascinée par les pouvoirs paranormaux. Une transfuge de la théosophie, Alice Bailey, fonde "Arcane" en 1923 pour développer les potentialités de l’esprit humain. De ce fait, c’est la véritable fondatrice du New Âge préparant la venue d’un christ cosmique, énergie incarnée au cours des siècles par Moïse, Bouddha, Jésus ou Mahomet...

Des recherches scientifiques sur le paranormal

Ce sera en Californie, à Eisalen, berceau de la psychologie humaniste, que naîtront les recherches scientifiques sur le potentiel humain dont le paranormal fait partie. Dès 1970, Marilyn Ferguson donne forme au Nouvel Age. Grâce à des techniques de méditation et de respiration permettant une parfaite communication entre les deux hémisphères cérébraux, on pense développer en l’homme des techniques insoupçonnées.

Les sagesses orientales : Vedanta, Yoga, Bouddhisme ou Taoïsme engagent une nouvelle réflexion sur les rapports avec le cosmos. Alan Watts ( mort en 1973) influencera la psychiatrie tandis qu’Abraham Masslow en présentant ses "Peak Experiences" laïcisera les états mystiques liés jusqu’ici intimement aux phénomènes religieux. Ce qui était en question dans tout ce remue ménage d’idées, c’était la conscience humaine qui débordait largement le psychisme individuel lié jusqu’ici et de façon impérative à nos cinq sens. Tyrell, dès 1947, publie "Au delà du conscient" et tente de montrer que notre conscience a non seulement des rapports avec l’inconscient collectif mais avec d’autres consciences, dégagées des catégories d’espace et de temps. C’est le premier scientifique évoquant les états de décorporation et la possibilité expérimentale d’une survie après la mort. Il est le premier, à travers l’histoire de Sir Alexander Ogston, à d’intéresser aux expériences au confins de la mort.

La découverte des témoignages d’ E.M.I.

"La vie après la vie" Enquête à propos d’un phénomène : la survie de la conscience après la mort du corps" est publié part Raymond Moody en 1975. Moody est un homme de science, un chirurgien de surcroît, rompu à la méthode expérimentale. Il apporte des témoignages ouvrant la porte sur une dimension pratiquement inconnue, l’état psychique au moment de la mort.

Ce livre capital, trop méconnu des scientifiques, permit à beaucoup d’exprimer enfin leur propre expériences. De nombreux "témoins" enrichirent les explorations de Moody et décrivirent, avec souvent beaucoup de minutie, cette extraordinaire aventure.

L’E.M.I. est un "état de conscience" qui n’est pas ordinaire et peut rentrer dans la catégorie des "États de conscience modifiés". Certes ces états ne sont pas spécifique de l’E.M.I. et peuvent être obtenus par une stricte disciple du corps et de l’esprit ouvrant sur une "méditation" au sens oriental du terme. L’hypnose, un rétrécissement voulu ou spontané de la conscience, des drogues psychédéliques peuvent provoquer ces états.

L’état de conscience induit par l’E.M.I. est un bouleversement psychosomatique violent, brutal, destructeur, aboutissant à une sorte de séparation de l’esprit et du corps. Non point, il faut le noter, un "dualisme" mais une dualité dans l’unité, confortant la thèse du polypsychisme.

Dans cet état, écrit un témoin ("Le voyage interdit"- E.S. Mercier - Expérience au seuil de la mort 1995), la conscience découvre soudain qu’elle possède la capacité d’intégrer l’intelligible. Elle intègre au delà des sens... Nous n’appréhendons pas l’incompréhensible mais l’inexprimable, l’incommunicable, le mystère, l’au-delà de l’intelligence...

La drogue est aussi capable de provoquer de tels états. Il y a quelques années, l’absorption de drogues psychédéliques était presque un style de vie. "Peut-être, écrivait Julien Beck, le promoteur du living théâtre, que ce qu’on comprend avec la drogue est plus réel que ce qu’on comprend avec la drogue de l’éducation, de la politique, de la langue ou des mots..."

L’E.M.I . prouve qu’une conscience personnelle peut s’ouvrir à "autre chose"

Le psychiatre, Timothy Leary, qui utilisait ce procédé comme une thérapeutique s’en explique ainsi :

"La moitié de ces gens étaient de confession chrétienne ou juive ; l’autre moitié adepte de différentes religions orientales. Eh bien ! Je pense en apporter la preuve, 75% de ces sujets ont reconnus avoir atteint un état mystico-religieux intense, tandis que plus de la moitié plus enthousiaste encore, affirmèrent qu’ils venaient ainsi de réaliser la plus profonde expérience de leur vie".

Pour celui qui réfléchit sur l’E.M.I., une telle réflexion est très pertinente car elle prouve qu’une conscience personnelle peut s’ouvrir à "autre chose". Mais elle nous permet aussi de réfléchir sur les dangers d’une libération de l’imaginaire. Non point que l’imaginaire soit illusion, mais bien qu’il soit imprégné non seulement des apports de notre propre culture mais aussi de ceux d’autres consciences décalées par rapport à la notre, que ce soit dans l’espace ou le temps.

"La coca est pour le péruvien, écrivait un explorateur du XIX° siècle, la source de ses meilleures joies, car sous son action, il sent sa tristesse se dissiper tandis que son imagination, se libérant de toute entrave, lui offre un imaginaire dont il ne jouit jamais à l’état normal."

Ainsi, lorsque sont réalisées les conditions d’une expériences fusionnelle avec les cosmos, au delà du temps et de l’espace, il y a accès à une conscience différente de celle qu’appréhende notre raison.

"C’est une fenêtre ouverte, écrivait Stanislas de Guaïta, par l’immensité de la lumière intelligible et de l’amour divin, de la vérité céleste et du beau typique." (Au seuil du mystère).

L’E.M.I. casse la forme qui nous enserre. Comme l’écrivait Roger Gilbert Lecomte "Notre pensée doit remplir une fonction de casse dogme. Elle est destructrice des formes". Cet état de conscience au seuil de la mort "casse" nos limites, casse ce qui nous enferme dans la conscience habituelle.

L’E.M.I. nous ouvrant à un monde nouveau, nous fait accéder à une symbolique performative. Ainsi nos rapports avec les autres, avec le monde et pourquoi pas avec l’ultime, la source que certain appellent Dieu, en sont fortement modifiés.

Les cinq manifestations successives

Cette expérience symbolique peut se découper en cinq manifestations successives :

-  Tout d’abord la décorporation avec rapports différents du corps et de l’esprit ;
-  le tunnel, caractérisé par la vitesse et le noir ;
-  la lumière inexprimable et jamais observée sur cette terre ;
-  l’amour ineffable comme l’attestent tous les mystiques ;
-  enfin le retour sans quoi cette expérience ne pourrait être communicable.

Il s’agit d’un véritable voyage initiatique qui va modifier en profondeur, comme tout voyage initiatique, celui qui l’a expérimenté.

On ne peut voir dans la "décorporation" le résultat d’un dualisme néoplatonicien ou cartésien séparant radicalement le corps et l’esprit. On constate plutôt une dualité unie dans l’unité. On retrouve là les positions de Thomas d’Aquin sur la matière et la forme en considérant l’homme comme un composé substantiel de matière première et d’âme raisonnable, spirituelle et subsistante.

Dans l’E.M.I. cette expérience est dégagée du carcan des catégories de temporel et d’espace. Moody rapporte ce témoignage corroboré depuis par beaucoup d’autres : "Je voyais mon corps de dos... Je me sentais sortir de mon corps... J’avais l’impression d’être un morceau de papier sur lequel on avait soufflé pour le faire voler en l’air". Alors qu’une infirmière pratique sur lui le bouche à bouche, le témoin voit "Le dos de sa tête... Je n’oublierai jamais la forme de sa coiffure, elle avait les cheveux coupés courts sur la nuque..."

Le corps évolue dans un autre espace que le nôtre, il voit simultanément les parties invisibles comme un Picasso, peignant en même temps la face et le profil. "J’étais en même temps ici et ailleurs".

Puis le sujet est aspiré par un tunnel, vide, obscur où il va circuler à grande vitesse. Le noir, l’obscurité ou les ténèbres, sont la limite de notre connaissance intellectuelle. Le tunnel débouche sur autre chose, sur l’au delà du voile ou du miroir. Déjà pour les Indiens, il était la partie du monde qui leur permettait d’échapper aux lois de la matière, de l’espace et du temps, au delà du sensible et de la connaissance rationnelle.

"L’obscurité rapporte un patient de Moody, était si totale et impénétrable que je ne voyais absolument rien. Mais c’était l’expérience la plus merveilleuse, la plus apaisante que j’ai jamais connue."

La Lumière

Le tunnel n’est en fait qu’une mise en condition pour l’avènement de la "Lumière". "Port Tenebras Lux" est un aphorisme constant dans toutes les religions. La révélation du mystère est lumière, dévoilant un savoir transfiguré et une nouvelle connaissance.

Dans un papyrus de Nag Hammadi, retrouvé en 1946, on lit cette pensée gnostique, très proche des origines chrétiennes "C’est la lumière incommensurable, cette pureté simple, cette indicible, parfait, indestructible, Lui la lumière incommensurable". Pensée qui fait écho à celle d’un patient de Moody, et que nous pouvons retrouver chez beaucoup de mystiques.

"On ne peut comparer cette lumière à rien qui n’existe sur terre. Je ne peux pas dire que j’ai vu une personne dans cette lumière, mais il m’a paru certain qu’elle possède une identité, c’est indéniable. Imaginez une lumière faite de totale compréhension et de parfait amour".

Le mot est lâché : cette lumière est amour. Nous sommes là, face à face avec le mystère. L’amour est un concept équivoque, tiraillé entre Eros et Cupidon, entre le fondement de toute existence et la jouissance quasi fusionnelle. Cet amour, uni à la lumière, éclaire le chemin vers l’action : l’amour est union mais il ne peut être appropriation.

L’amour exprimé dans l’E.M.I. est promesse. Ce n’est pas une expérience de fusion, mais une épiphanie conditionnelle : tu connais autre chose que ce que tu as connu jusqu’ici mais cet amour et cette lumière qui t’ont été donnés seront principes d’action.

Le retour va donc permettre au sujet, disons plutôt au patient, de communiquer ce qu’il a vu entendu et senti. Le retour dans le corps devrait être l’amorce d’un cheminement dans une clarté nouvelle.

Celui qui a expérimenté lumière et amour, ne peut plus vivre comme avant, si du moins, il a dégagé l’espérance contenue dans son expérience. Comme tout état de conscience modifiée, l’E.M.I. bouleverse la personne à tel point qu’elle s’ouvre à de nouveaux choix soit les voies de la sagesse humaine, soit celles révélées par un Dieu d’amour. Il ne s’agit pas semble-t-il d’une expérience conduisant à une religiosité sans grande signification mais à une incitation à reconnaître cette transcendance qui disait à Moïse "Je suis qui je suis". Si la porte ne s’est pas ouverte sur l’au-delà celui qui est venu jusque là sait qu’il est attendu dans la lumière de l’amour.

Des phénomènes paranormaux après l’E.M.I.

On ne peut s’étonner qu’une telle expérience entraîne à sa suite des phénomènes dits paranormaux. En fait, ce sont des faits liés au psychisme mais ne se manifestant que dans certaines conditions. Lorsque le schéma corporel, les catégories de temps et d’espace se modifient, le sujet est introduit dans un monde où l’imaginaire est dissocié de la perception. "L’infini est sur lui, écrit Michaux dans "Connaissance des gouffres", sans cesse l’infini lèche l’enveloppe de son fini ne lui laissant pas une trêve, le secouant jusqu’à en faire une poupée brisée, brisée par l’infini". Balbutiement pou tenter de définir cet état de conscience nouveau. Ce sont dans ces états que surgissent les phénomènes parapsychiques, dont Rhine ou Castle, ont étudié scientifiquement les effets.

Non seulement notre fonctionnement sensoriel moteur mais aussi notre culture occidentale, limitent nos possibilités psychiques. Aussi ces nouveaux états introduisent à une intersubjectivité.

Les dons les plus classiques sont ceux de clairvoyance et Moody lui-même rapporte ce témoignage : "Un don que je crois avoir reçu à la suite de ma "mort", est que j’arrive à deviner le besoin des autres" ou "J’ai souvent l’impression de déchiffrer des pensées et des vibrations qui émanent des gens... J’ai été souvent capable de savoir par avance ce que les gens vont dire avant qu’ils n’aient ouvert la bouche".

Les phénomènes de guérison, fréquents, manquent souvent d’un examen sérieux étalé dans le temps. Quant aux psychokinésies, elles sont peu fréquentes.

En 1954, Robert Amadou, écrivait : "Nous ignorons trop souvent les circonstances qui entourent l’appréhension des faits psychiques, pour pouvoir édifier une théorie satisfaisant de ces phénomènes". Les temps ont changés et nous avançons lentement mais sûrement. L’étude des E.M.I., entre autres phénomènes, nous permettent de comprendre les circonstances, les raisons, favorisant cette éclosion de paranormal. Toute étude scientifique est d’autant plus difficile à réaliser que le psychisme de l’observateur, modifie toujours, plus ou moins les données.

La science n’est certes pas suffisante pour analyser complètement les rapports de l’homme et du cosmos, une conception métaphysique semble nécessaire et l’E.M.I. nous permet de faire un pas de plus dans cette direction.

Sachons raison garder à l’exemple de Moody qui se méfie de deux excès, soit rejeter l’E.M.I. en bloc par manque de preuve scientifique, soit croire qu’elle apporte une survie après la mort.

Certes, cette expérience donne la possibilité de garder en son cœur, lumière et amour, pour les partager avec les autres car c’est un appel à nous mettre en route mais attention, comme l’écrivait Jean de la Croix, à partir d’ici il n’y a plus de sentier ! -


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